
Sucy, points d’histoire
Lettre mensuelle de la Société Historique et Archéologique de Sucy-en-Brie (shas.fr)
Gabriel Meyer (1836-1914), alsacien de naissance,
maire de Sucy de 1892 à 1908
Gabriel Martin Meyer est né à Obernai (Bas-Rhin) le 11 novembre 1836. Son père Jacques-Philippe Meyer était médecin de l’hospice d’Obernai. Quand il décède en 1845, Gabriel n’a que 9 ans.


Portraits de Gabriel Meyer (Archives famille Martzloff)
Il entre en apprentissage en 1854 chez un confiseur-pâtissier d’Obernai et poursuit ensuite dans cette voie dans plusieurs communes (Strasbourg, Melun, Nancy, Orléans) et finalement Paris en 1860. Dans son livret de contrats d’apprentissage professionnel, chacun de ses employeurs vante son application au travail, sa bonne conduite, sa probité, sa moralité, sa fidélité…


Livret d’apprentissage page de titre et page intérieure (Archives famille Martzloff)
A Paris il travaille chez Gouache, boulevard des Italiens. Il y fréquente la famille Sittler, originaire d’Alsace, et le 14 août 1862 il épouse (Hélène Geneviève) Léonie Sittler qui apporte en dot un magasin de produits alsaciens « Aux Bords du Rhin » situé au 47 rue Richer à Paris. Il se reconvertit donc au commerce avec succès ; le magasin occupe une quinzaine d’employés et permet au couple de vivre avec aisance.



Catalogue des produits des Bords du Rhin (extrait) (Archives famille Martzloff)
Son épouse lui donne deux filles, Armande et Marie, qui les aident au magasin à leur sortie de pension. Armande reprend le magasin vers 1886, mais les affaires ne marchent pas et le commerce périclite.
En 1876, Gabriel achète une maison au 23 place de l’Église à Sucy (n°4 à l’époque). Cette grande maison bourgeoise reste pendant 100 ans propriété de la famille.
Sa fille Marie (épouse Laurent) en hérite et la lègue à sa fille Léonie (épouse Goussu). La maison sortira de la famille en 1977.


(Archives famille Martzloff)

En 1892, Gabriel est élu maire de Sucy. Il a 56 ans et vit principalement à Sucy. Son activité de maire va le mobiliser pendant 16 années.
Lors de son élection il déclare :
« Pour la première fois je prends la parole devant vous, je témoigne ma satisfaction à tous les habitants de Sucy pour l’accueil sympathique que j’ai rencontré dans le pays depuis 30 ans que j’y viens […] En ce qui concerne mes opinions politiques je dois vous dire qu’au 16 mai j’ai voté pour les 363. Je remplirai le mandat que vous m’avez confié avec loyauté et impartialité […] je n’émettrai jamais un vote de complaisance, je n’agirai que dans l’intérêt général de la Commune ; j’entends être libre en respectant les droits de chacun : nous devons tous avoir les mêmes droits et les mêmes devoirs, la même justice et les mêmes charges, et la même obéissance aux lois du pays. »
Dans son discours aux conseillers municipaux lors de cette première élection, il « rend hommage à M. Ginoux (1), qui pendant 12 ans a été maire de cette commune. Il appartient à une ancienne et honorable famille de Sucy qui a toujours fait du bien. Son départ est certainement une perte pour le pays. »
Ses premières préoccupations en tant que maire concernent les écoles et la fontaine de Villiers.
Gabriel Meyer a à son actif de grands chantiers :
1893 : l’implantation de l’usine à gaz, dans le bas de Sucy.
1894 : la construction et l’inauguration de l’école des garçons.
1898-1899 : l’agrandissement du cimetière. La construction et l’ouverture du premier bureau de poste, rue des Écoles.

1904 : la création de la première ligne téléphonique. La construction du château d’eau.
1907 : la construction de l’école des filles.
Et de plus modestes mais qui méritent l’attention :
1895 : l’approbation de l’ouverture d’un marché de denrées alimentaires situé à l’angle de la rue du Chemin de Fer et de la Tour. Concession accordée à M. Pénard.
1901 : l’installation de plaques au nom des rues et des chemins. (cette décision figurait déjà dans le registre du Conseil Municipal du 17 février 1850. Aucune des plaques n’est parvenue jusqu’à nous).
1903 : la mise en place d’une collecte des ordures ménagères après un essai concluant.
1903 : la création d’une société de gymnastique et d’instruction militaire, « la Laborieuse » sous la direction d’Élie Halévy.
L’usine à gaz
Charles Ginoux, son prédécesseur, avait commencé à examiner le projet. Gabriel Meyer accepte l’implantation de l’usine à gaz de Sucy, destinée à fournir éclairage et chauffage à la région, tant public que privé. Plusieurs communes y sont associées : Boissy-Saint-Léger, Limeil-Brévannes, Valenton, Chennevières, puis Ormesson, La Varenne, Bonneuil. Il signe en juillet 1893 un contrat avec la Société Générale de distribution et de concession d’eau et de gaz et de travaux publics (2).
L’usine modifie la vie des habitants en fournissant un éclairage public nettement supérieur à l’éclairage à pétrole précédent, un moyen de chauffage et d’éclairage privé (la maison de Gabriel Meyer, place de l’Église conservait ses becs de gaz d’éclairage en 1976).
Si ce mode d’éclairage et de chauffage s’avère par la suite inadapté, il a apporté un confort certain à son époque. (3)

La grande œuvre de Gabriel Meyer, c’est la construction de l’école des garçons qui n’avait pas pu être réalisée par ses prédécesseurs faute de moyens.
Un terrain est acheté à la Société du Petit-Val en 1893 et la construction, commencée et achevée en 1894, permet une inauguration en grande pompe le 25 novembre 1894.
Son discours d’inauguration, adressé au Sous-Préfet, est resté consigné dans le registre du Conseil municipal. (4)
« Le Conseil municipal en votant l’érection de ce bâtiment scolaire, a résolu, malgré ses modestes ressources, une question de progrès depuis longtemps à son ordre du jour. Il a compris tout l’intérêt qu’il y avait à faciliter l’instruction aux enfants, pour nourrir leur esprit, développer leur intelligence et imprimer à leurs jeunes cœurs des sentiments de droiture, de respect et de devoir.
Nous voulons rendre la fréquentation de l’école attrayante. […] Nous y avons installé la bibliothèque populaire pour les habituer à y revenir […]
C’est bien à la maison d’école que commence l’apprentissage de la vie. C’est à l’école que les enfants apprennent à devenir de bons citoyens, du fait qu’ils doivent se convaincre que chaque liberté a pour obligation un devoir.
C’est aussi à l’école qu’ils apprennent à aimer la famille, la patrie et à se dévouer pour elle. »

Avec l’aide de Ludovic Halévy il lance la construction de l’école des filles attenante à celle des garçons en 1905. L’école est achevée en mars 1908. Gabriel Meyer ne se représente pas aux élections et c’est son successeur Albert-Paul Perrault qui l’inaugure en octobre.


Les soucis quotidiens d’un maire – et des administrés – à l’aube du XXe siècle
Dans les archives de la famille, subsistent deux carnets écrits de la main de Gabriel Meyer. Ils contiennent des arrêtés municipaux ou des avis à la population ainsi que les textes de quelques-uns de ses discours.
Les arrêtés ne se retrouvent pas forcément dans les registres du Conseil municipal ; ils sont le reflet de la vie quotidienne de la commune en cette fin du XIXe siècle et début du XXe, et sont précieux à ce titre.

L’un des carnets est intitulé : « Publications ».
Chaque avis est précédé d’une formule :
Les contribuables sont prévenus…
Le maire a l’honneur de rappeler aux habitants qu’il est expressément…
Le maire a l’honneur d’informer …
Le maire a l’honneur de prévenir les habitants…
En voici quelques extraits :
« Le Maire rappelle aux contribuables qu’au terme des lois et règlements, ils sont tenus, sous peine d’aggravation de taxes, de faire à la mairie la déclaration des objets imposables aux contributions et aux taxes.
Ci-après : -contribution sur les voitures, chevaux, mules et mulets
-taxe sur les chiens
-taxe sur les billards publics ou privés
-taxe sur les cercles, sociétés et lieux de réunion
-taxe sur les vélocipèdes. » (Février 1895)
« … il est expressément défendu de couper du bois dans les Bruyères et autres bois de Sucy. Le bois mort seul ne peut être ramassé qu’avec l’autorisation des propriétaires. Les délinquants s’exposent à des poursuites correctionnelles. » (Février 1895)
« … les propriétaires riverains doivent curer à vif les fossés de la voie Suard depuis la route de Boissy jusqu’au chemin de Brévannes … ». (Février 1895)
« Le maire a l’honneur de prévenir les habitants que jusqu’au jour de l’ouverture des bornes-fontaines dont les conduits sont encore gelés, ils pourront se procurer de l’eau de Seine au réservoir le matin de 10h30 à 11h00 le soir de 17h30 à 18h00. » (21 mars 1895)
« … il est expressément défendu sous peine d’amende de faire de l’herbe dans les prairies artificielles, sainfoin, luzerne et autres à partir de ce jour. » (21 avril 1895)
« … Les hannetons et larves seront apportés à la mairie en des sacs fermés avec soin et il sera payé une prime de 0.20 f par kilo de hannetons et de larves. » (21 avril 1895)
« … les chiens ne doivent pas errer et vaguer librement, ils doivent être tenus en laisse afin d’éviter les dégâts que ces animaux peuvent occasionner dans les champs et les vignes. » (25 avril 1895)
« … la commission de classement des chevaux opèrera dans la commune place de l’Église le jeudi 6 juin à 3 heures du soir. » (28 mai 1895)
« … qu’ils doivent détruire les chardons avant qu’ils soient en graine » (28 mai 1895)
« … M. Chain Jules est nommé appariteur, garde-messier (champêtre), et il a prêté serment devant Monsieur le Juge de Paix. » (7 juillet 1895)
« Le Maire a l’honneur d’inviter les habitants à illuminer leurs maisons à l’occasion de la fête nationale du 14 juillet. » (Juillet 1895)
« … les cours d’adultes commencent le lundi 4 novembre pour durer 3 mois et auront lieu :
Pour les garçons lundi, 7h mercredi 8h 1/2, samedi
Pour les filles mardi 6h, vendredi 7h1/2, samedi. » (Novembre 1895)
Plusieurs de ces avis se retrouvent en 1896, ainsi que quelques autres :
« … tout propriétaire, fermier, locataire de terrains situés en Seine-et-Oise est tenu d’écheniller ou de faire écheniller les arbres, haies et buissons existants dans lesdits terrains. L’échenillage commencera chaque année aussitôt après la chute des feuilles et devra être terminé dans toute l’étendue du département avant le 1 mars (20 février 1896). »
« … le recensement général de la population aura lieu dimanche 29 mars. » (21 mars 1896)
« … pour cause de réparations dans les conduits des eaux de Seine jusqu’à nouvel avis les bornes-fontaines seront ouvertes le matin de 10h30 à 11h30 et le soir de 05h00 à 06h30 ». (Les bornes seront à nouveau interrompues en juin). » (22 mai 1896)
« … les hommes ayant accompli 13 ans de services militaires ayant droit à participer au secours de 250 000 francs sont invités à se présenter à la gendarmerie de Boissy-Saint-Léger avant le 9 juin avec toutes les pièces établissant leurs droits. » (28 mai 1896)
« … avertissement d’enquête. L’administration des postes et télégraphes fera procéder prochainement à la construction de lignes téléphoniques à Sucy-en-Brie. Un tracé de ces lignes indiquant les propriétés privées sur lesquelles des supports doivent être placés sera, conformément à la loi, déposé à la mairie pendant 3 jours consécutifs à partir du 6 juin. Les intéressés pourront en prendre connaissance et présenter leurs observations ou réclamations. Un agent de l’administration se tiendra à la mairie le 9 juin de 2h00 à 03h00 pour donner verbalement les renseignements et explications qui lui seraient demandées. » (4 juin 1896)
« … La souscription des bons de l’exposition de 1900 sera ouverte dans les bureaux de Monsieur le percepteur de Boissy-Saint-Léger le lundi 29 juin de 09h00 du matin à 04h00 du soir. Sucy, le 28 juin 1896. » (4 juin 1896)
« … il est interdit de déposer des immondices dans la ruelle des Fontaines en face le lavoir ; on devra les faire porter à la Sablière. » (6 juin 1896)
« Le maire de Sucy ayant appris que des chiens dangereux ont circulé dans les communes voisines invite les habitants à tenir leur chien enfermé ou en laisse. » (6 août 1896)
« … l’adjudication au plus offrant pour la location d’une demi-part des Bruyères et d’une parcelle de terre plantée d’arbres fruitiers situés dans les clos aura lieu jeudi 13 août à 08h00 du soir à la mairie. » (12 août 1896)
« … la pompe en face Monsieur Plisson fonctionnera à partir d’aujourd’hui de 11h00 à 12h00 et de 06h00 à 07h00 du soir. Chaque ménage n’aura droit qu’à la contenance d’un seau d’eau. » (16 août 1896)
« Le maire de Sucy a l’honneur de rappeler aux habitants l’obligation pour eux d’effectuer chaque année le ramonage des cheminées. Il les invite à se conformer sans retard à cette prescription. Une visite sera faite dans la quinzaine pour constater si ce travail a été fait. » (23 décembre 1896)
« … les débris ou ordures de ménage doivent être portés au dépôt public situé chemin des Pendants derrière le clos Pacaud à l’intérieur de la clôture mise à cet effet. Aucun autre dépôt ne pourra être fait, soit dans les chemins de Montroy, des Fontaines, du Clos de Ville ni dans aucun autre chemin. Procès-verbal sera dressé contre les délinquants. Les gravats provenant de démolitions seront transportés à la Sablière ou dans les chemins de culture. Dans ces derniers cas les coutumiers seront prévenus à l’avance. » (22 mars 1898)
« … un chien du quartier de la gare a été reconnu atteint de la rage et tué par les soins du vétérinaire. Le maire invite les habitants de ne pas laisser sortir pendant une semaine leur chien à moins de les tenir en laisse et de prévenir le garde-champêtre en cas de symptôme de maladie chez un chien. » 12 avril 1899
« … l’eau des bornes-fontaines est exclusivement réservée aux besoins des ménages. Jusqu’à nouvel avis, et pour cause de pénurie d’eau, les bornes-fontaines ne seront ouvertes que de 06h00 à 08h00 le matin, de 10h00 à 01h00 et de 06h00 à 08h00 le soir. » (Juillet 1900)
« … à partir du samedi 3 janvier prochain 1904 et les samedis suivants un tombereau passera dans la commune pour enlever les ordures ménagères. Ce tombereau quittera la rue Notre-Dame à 12h00 suivra l’itinéraire ci-après pour se rendre à la Sablière. Le maire invite les habitants à mettre leurs débris dans des récipients pour pouvoir les verser facilement et promptement dans le tombereau. Les ordures ne doivent pas dépasser la capacité du récipient. Un des cantonniers accompagnera la voiture et assurera le service. » (Janvier 1904)

Dans son deuxième carnet Gabriel consigne les résultats des élections, les textes de ses discours et plusieurs notes au sujet des bornes-fontaines, des conduites d’eau, de l’emplacement des bouches d’arrosage et des bouches d’incendie. (5)
On y trouve également les textes de ses discours à des élections, des enterrements ou à des mariages. À l’occasion d’un 14 juillet, il rend un vibrant hommage à Ludovic Halévy qui a présidé la distribution des prix en 1894.

« Mesdames, Messieurs, que ma première parole soit une parole de reconnaissance et de remerciement à l’Éminent Académicien qui a daigné accepter la présidence d’honneur de cette modeste fête de famille. […] Les enfants surtout, j’en suis convaincu, conserveront précieusement le souvenir de ce beau jour où vous aurez présidé à la distribution des récompenses méritées pour leur application à l’école. »
Gabriel Meyer a entretenu avec Ludovic Halévy de très bonnes relations. Les quelques lettres de Ludovic trouvées dans son portefeuille en témoignent. En voici deux :
« Lundi soir 04 mai 1896.
Cher monsieur je suis allé chez vous aujourd’hui. J’ai eu le regret de ne pas vous rencontrer. Je voulais vous dire combien j’ai été heureux du résultat des élections, heureux d’apprendre que vous preniez la tête de la liste des élus, heureux de savoir que vous restiez notre maire.
Je me suis d’ailleurs un peu promené dans Sucy aujourd’hui, j’ai bavardé avec l’un et l’autre et j’ai pu voir que la satisfaction était générale et qu’il n’y avait qu’une voix sur les excellents services rendus par vous à la commune.
Recevez, cher monsieur Meyer, l’expression de de mes sentiments affectueux et dévoués.
Votre administré Ludovic Halévy. »
« Sucy, le 14 août 1898
Cher monsieur,
En arrivant à Sucy j’avais, en rangeant ma bibliothèque, mis de côté un certain nombre de volumes que je vous envoie et que j’offre avec grand plaisir à votre bibliothèque municipale.
Ces livres ont peu de valeur mais il en est dans le nombre qui ne sont pas sans intérêt. Je vous envoie un gros volume relié intitulé : « Scènes et épisodes de l’histoire d’Allemagne » par Seignobos. C’est un très beau livre publié cette année avec de belles gravures et je vous prie de le donner en prix cette année à un de vos élèves de l’école primaire. Il va sans dire que je continuerai à vous donner pour la distribution des prix les mêmes petites collaborations que l’année dernière. J’ai bien regretté de n’avoir pu vous recevoir quand vous êtes venu prendre de mes nouvelles. J’étais et suis toujours bien sérieusement malade je vous remercie beaucoup de votre amicale visite. Croyez, cher monsieur à mes sentiments affectueux et dévoués Ludovic Halévy. »
L’année 1900
Pour Gabriel Meyer, nul doute que l’année 1900 ait été exceptionnelle.
Le 23 janvier Ludovic Halévy lui envoie une place pour assister à la réception à l’Académie Française de Deschanel.
A l’occasion de l’Exposition Universelle de 1900, il est invité au Banquet des Maires organisé par le Président de la République Émile Loubet.
La famille a conservé ces précieux souvenirs.





(Archives famille Martzloff)


Médaille attribuée à Gabriel Meyer.
Sur le revers, deux allégories représentent La République (Marianne) et la Ville de Paris.
Sur l’avers, inscription : « Banquet des Tuileries / offert aux maires / de France / sous la présidence / de Mr E. Loubet / Prest de la République / Mr Waldeck Rousseau / Prest du Conseil / Paris / 22 sept. 1900.
(Archives famille Martzloff)

Le Banquet des Maires, organisé le 22 septembre 1900 au jardin des Tuileries par le Président de la République Emile Loubet dans le cadre de l’Exposition Universelle a réuni tous les maires français.
La date choisie : le 108e anniversaire de la Première République Française (22 septembre 1792).
Les chiffres astronomiques qui entourent cet événement hors du commun méritent d’être cités :
- Entre 22 000 et 29 000 convives.
- 7 kilomètres de tables, 10 kilomètres de nappes.
- 125 000 assiettes ayant reçu le décor en fac-similé de la tapisserie commémorative commandée pour l’occasion aux Gobelins.
- 95 000 verres, 55 000 fourchettes et cuillères, 60 000 couteaux.
- 3000 personnes employées au service.

Pour la nourriture : 2 000 kg de saumon, 1430 faisans, 2500 poulardes, 1200 litres de mayonnaise, 10 000 pêches, 1 000 kg de raisin, 3000 litres de café et 39 000 bouteilles de vin, dont 1 500 de Fine Champagne.
La médaille commémorative offerte à chaque maire était signée Frédéric de Vernon, médailler français.
Cet énorme banquet, jamais égalé, fut et reste un événement marquant de l’histoire de France. Gabriel Meyer en avait conservé précieusement toutes les traces.
Les élections de 1908
En mai 1908 ont lieu de nouvelles élections municipales. Gabriel Meyer, alors âgé de 72 ans prend sa retraite. A son départ, « les électeurs de la commune de Sucy, réunis en assemblée électorale le 9 mai 1908, salle Lepoivre, adressent à Monsieur Meyer, maire, l’assurance de leur profonde gratitude pour sa bonne administration pendant le temps qu’il est resté à la tête de la municipalité. » (lettre de M. Cornic, président de la Réunion électorale).

Gabriel Meyer décède à Paris le 5 décembre 1914.
Il laisse à Sucy le souvenir d’un maire actif, intègre et tourné vers l’avenir. Il est l’un des acteurs de cette « Grande Mutation » du début du XXr siècle qui voit Sucy passer de village rural à une ville de banlieue.
Notes
1) Charles Ginoux (1832-1907), maire de 1881 à 1892 était propriétaire du château de Sucy.
2) Pour les détails de ce contrat qui engageait la commune pour 50 années, se reporter au livre III de la Nouvelle Histoire de Sucy-en-Brie, la Grande Mutation p. 378 à 381.
3) Rapidement, les usagers se plaignent de la mauvaise qualité du gaz et du manque de pression. L’usine ne réussit pas à fournir un gaz en quantité suffisante et de qualité. Le contrat est résilié en 1958 et l’usine démantelée en 1961. Le gaz naturel remplacera ce gaz de houille, hautement polluant.
4) Ce discours est publié dans son ensemble dans le Tome III de la Nouvelle Histoire de Sucy : La Grande Mutation, sous la direction de Bernard Méa.
5) L’accès à l’eau est un problème constant pour les maires. Charles Ginoux avait tenté d’installer un bélier pompe pour amener l’eau depuis la fontaine de Villiers jusqu’au centre de Sucy, sans succès.
Les particuliers se fournissaient soit en puisant quand ils avaient un puits, soit en allant chercher de l’eau dans les fontaines d’eau de source situées en périphérie (fontaine de Villiers).
Ils avaient aussi la possibilité de se rendre aux bornes-fontaines installées au centre par la commune ; ils y trouvaient de l’eau tirée de la Seine par des machines à vapeur. Quelques pompes publiques puisant l’eau de puits étaient aménagées au centre.
En 1904 la construction du château d’eau au lieu-dit du Moulin-à-Vent permet d’acheminer l’eau vers les logements et on peut parler d’eau courante. Mais l’eau de la Seine, polluée et bourbeuse, est imbuvable.
Il faut attendre 1924 pour que la Lyonnaise des Eaux soit mandatée pour s’occuper de l’exploitation et de la distribution. L’eau fournie provient alors des sources de Mandres et de Périgny. Les dernières bornes-fontaines sont fermées en 1938.
Bibliographie
Nouvelle histoire de Sucy-en-Brie : la Grande Mutation. Sous la direction de Bernard Méa. Société Historique et Archéologique de Sucy-en-Brie. 1996 Tome III.
Artisanat et industrialisation à Sucy. Brochure-catalogue de l’exposition de septembre 2022. Société Historique et Archéologique de Sucy-en-Brie.
Registres du conseil municipal de Sucy de 1892 à 1908.
Petite histoire de l’eau à Sucy Articles parus dans Sucy Infos N° 47, 48, 49, 51, 52, 53, 55 et 56. (1980 et 1981) par Bernard Méa.
Le Banquet des Maires Wikipédia et Opéra Bouffe article de Télérama 18/12/1985.
Lettre réalisée par Catherine Martzloff
