
Sucy, points d’histoire
Lettre mensuelle de la Société Historique et Archéologique de Sucy-en-Brie (shas.fr)
Maurice GUYOT dit GUY-LÖE
(1898-1991)

coll. B. Méa
Maurice Guy-Löe et Sucy-en-Brie
Maurice Guyot dit Guy-Löe, originaire d’une famille Franc-Comtoise, est né à Lyon en 1898. Il est élevé par sa mère dont il restera très proche ; il est d’ailleurs enterré avec elle à Nogent-sur-Marne.
Maurice Guy-Löe est lié à l’histoire de Sucy-en-Brie par son mariage avec Henriette Noufflard en 1961. Dès lors, il réside à Maison Blanche et y a son atelier d’artiste jusqu’à son décès en 1991.
Pour connaître les familles Halévy et Noufflard vous pouvez vous reporter aux lettres de la SHAS des mois de juin 2024, décembre 2024, septembre 2025 et octobre 2025.
Maurice Guy-Löe, artiste
Dès 1912 il décide d’abandonner ses études secondaires pour se consacrer à la peinture. Il est reçu à l’École Nationale des Arts Décoratifs puis, en 1913, il entre aux Beaux-Arts dans l’atelier de Fernand Cormon, il sera également l’élève de Raphaël Collin.
Au moment de la 1ère Guerre Mondiale, il devance l’appel en 1916 et choisit la cavalerie « en raison de l’admiration qu’il voue aux chevaux de Delacroix », dit-il à sa mère. L’armée décide autrement ; il prend part aux terribles combats du Chemin-des-Dames puis il est incorporé au détachement d’Orient (8ème Génie) et stationne à Constantinople. Il est démobilisé en 1920.
Le retour à la vie civile est financièrement difficile ; il travaille dans l’atelier du peintre Gustave Louis Jaulmes comme « nègre ». En 1922, il reçoit la bourse de peinture décorative de la fondation américaine Florence Blumenthal. A l’abri des soucis matériels et reconnu, il peut désormais se consacrer à son art.
Il va exposer principalement des aquarelles et des panneaux de peinture décorative dans les nombreux Salons de l’époque en France et à l’étranger : Salon des Tuileries, des Indépendants, des Beaux-Arts, d’Automne. Il utilise une technique qui lui est propre ; l’aquarelle associée à des frottis secs rehaussés de pastel.
Bénéficiaire en 1928 d’une bourse de l’État, il voyage : Italie, Écosse, Angleterre.
Maurice Guy-Löe collabore de 1924 à 1927 avec la Manufacture Nationale de Sèvres réalisant des dessins de décors qui seront reproduits par des peintres spécialisés sur des pièces en porcelaine, principalement sur des vases. A l’Exposition des arts décoratifs de 1925, la Manufacture de Sèvres présente dans son pavillon deux grands vases composés par Maurice Guy-Loë et exécutés par M. Lasserre représentant les animaux d’agrément et les animaux d’utilité (Revue « L’art vivant » – 1925).

Décor L-Jules Trager et M. Guy-Loë
Réalisation Adrien Leduc
Manufacture de Sèvres
Musée de Troyes

Porcelaine et émaux polychromes
Signé au revers, cachet de la manufacture daté 1924 Haut. 12,5 cm. Diam. 17 cm.

Source : manufacture de Sèvres
La librairie Meissen de Paris fait appel à lui en 1925 pour illustrer le recueil de poésie Chair de Verlaine. Il réalise la couverture et de nombreuses illustrations de style art déco illustrant chaque poème.


Extrait du recueil Chair
Collection particulière SHAS
En 1929 Guy-Loë est nommé Peintre Officiel de la Marine pour ses nombreuses vues de ports.

aquarelle
Rétrospective (c) Henriette Guy-Loë – 1998
coll. B.Méa
Son atelier est situé à Fontenay-aux-Roses dans une ancienne chapelle ; la chapelle Sainte Barbe dont l’histoire mérite d’être contée. Cette chapelle a été construite par E. Viollet-le-Duc en 1862 pour le petit séminaire de la paroisse de Notre-Dame-des-Champs à Paris. Des travaux de voirie en 1904 menacèrent cet édifice. Le petit séminaire qui venait d’acquérir les bâtiments de l’ancien collège Sainte-Barbe à Fontenay-aux-Roses décida d’y remonter la chapelle pierre par pierre. A la suite de la loi de séparation de l’Église et l’État, le petit séminaire fut expulsé et la chapelle désaffectée fut louée à Maurice Guy-Löe entre les années 30 et les années 50. Il y réalise ses grands panneaux décoratifs. Après avoir été utilisée par la ville comme lieu culturel, ne correspondant plus aux besoins, la chapelle a été abandonnée puis détruite en 1974.

Archives ville de Fontenay-aux-Roses
Guy-Löe réalise dans les années 1931 à 1937 de grands panneaux de peinture décorative de style art déco peints sur toile marouflée.
En 1931, il décore le salon de musique de la Fondation Deutsch de la Meurthe de la cité universitaire de Paris. En 1933, il participe au concours organisé par la ville de Paris qui fait appel à des artistes pour agrémenter les préaux des écoles. Son projet n’est pas retenu mais il nous reste une esquisse charmante conservée au Grand Palais.

Maurice Guy-Löe
Détail d’une Esquisse pour l’école des filles du Bd Davout – Paris dans le cadre d’un concours. 1933
Crédit : (c)Petit Palais / Roger-Viollet
En 1935, l’État lui commande des panneaux décoratifs pour le parloir du lycée Janson-de-Sailly. Il exécute à cette période de grandes décorations murales également pour des particuliers en France mais aussi à l’étranger. L’époque est à la mode des panneaux décoratifs dans les intérieurs.


Parloir du lycée Janson de Sailly – Paris
Photo Marielle Vichot
Dans le cadre de l’exposition universelle de 1937, il collabore au pavillon des États Pontificaux en y présentant « Une grande peinture évoquant l’activité des Routiers et le goût renouvelé des jeunes pour les pèlerinages » (Guide du pavillon pontifical à l’exposition internationale de 1937).

Pavillon des états pontificaux
crédit photo Gallica
L’État lui commande en 1942 une décoration (exécutée à la fresque) illustrant les missions du curé d’Ars : la prédication et la confession pour l’église Saint-Ferdinand-des-Ternes de Paris.

Rétrospective 1998 (c) Henriette Guy-Loë
cliché Jean-Michel Deligny
collection particulière B. Méa
Église Saint-Ferdinand-des-Ternes – Paris
Mobilisé en 1939, il est mis en retraite en septembre 40. C’est à ce moment qu’il s’engage en faveur des artistes en grande difficulté en temps de guerre. Une nouvelle aventure qui va l’absorber commence. Désormais il peindra moins et n’exposera plus.
« Bénévolement, j’ai tenté de remédier à la situation injuste faite aux artistes âgés. J’ai passé les 19/20 de mon temps à essayer de réaliser ce but. Devant l’amère privation de peindre, j’ai trouvé une sorte de consolation assez fier de penser, qu’étant seul, c’était la meilleure manière de vivre par rapport à mon clan et que je payais ainsi mon passage heureux sur cette terre. » (1961 – Maurice Guy-Löe, in La naissance de la Maison nationale des artistes de Nogent-sur-Marne)
Maurice Guy-Löe et la Maison des Artistes de Nogent-sur-Marne
En 1940, à sa démobilisation, il est désigné pour représenter le Comité du Salon d’Automne auprès de l’Entraide des Artistes installée dans l’hôtel Salomon de Rothschild, rapidement, il en devient le secrétaire général. Il fonde et s’occupe de la coopérative qui vient en aide aux artistes dans le besoin.
Il prend la décision de « ne plus exposer ses œuvres pour ne pas profiter de sa situation privilégiée de Président d’association pour se faire connaître du monde entier » explique sa femme. (Sucy Info n°184, février 2000)
L’idée de créer un endroit pour accueillir les artistes âgés prend naissance.
Son idée va se réaliser lorsqu’un ami, en septembre 1944, lui signale le legs fait à l’État par deux sœurs : la peintre Madeleine Smith-Champion (1864-1940) et la photographe Jeanne Smith (1857-1943) d’une grande propriété constituée de deux hôtels particuliers à Nogent-sur-Marne .

novembre 2025
photo L. Gaillard
« J’ai institué pour légataire universel, dans mon testament daté du 13 janvier 1937 et révoquant tout testament antérieur, l’État français. La maison du 14 rue Charles VII sera affectée à une maison de retraite pour artistes et écrivains. Les parcelles du lieu-dit « sous la Lune » et au Tremblay, en bordure de la Marne, doivent être consacrées à des terrains de sport ou à des promenades ». (extrait des testaments de Madeleine et de Jeanne rédigés à l’identique)
Dès qu’il a connaissance de ce legs, Maurice Guy-Löe se rend immédiatement sur les lieux, « à pied, en traversant le bois de Vincennes entre les emplacements encore intacts des fusils mitrailleurs allemands », arrivé il est immédiatement séduit : « j’étais émerveillé… je pris feu : ce serait la Maison des Artistes ».
Dès lors, il va mettre toute son énergie, mobiliser tous ses amis et connaissances pour réaliser son grand projet : la création d’une maison qui prenne soin des artistes âgés et leur permettent de continuer à travailler.
Il quitte sa maison confortable de Fontenay-aux-Roses et en mars 1945, il s’installe avec sa mère âgée « en camp volant » dans la propriété pour procéder et suivre les travaux nécessaires avant l’installation des premiers résidents. Le site est superbe, les deux hôtels particuliers d’un grand charme mais ils sont vétustes, pas de chauffage central, des cuisines et commodités datant du XVIIIe siècle, que d’aménagements à réaliser pour offrir un minimum de confort aux résidents. A une époque où la France se relève de l’occupation, les difficultés sont innombrables. Grâce à son énergie, son opiniâtreté et ses relations, il va toutes les surmonter.
Dans son livre de souvenirs, il explique comment il a obtenu que des prisonniers allemands stationnés au camp voisin du Tremblay soient mis à sa disposition pour défricher l’ancien potager et le cultiver afin de nourrir les pensionnaires !
Enfin 6 ou 7 chambres sont rendues habitables et, le 7 octobre 1945, Robert Rey, directeur des Beaux-Arts, inaugure la maison : « Désormais un artiste auquel son talent reconnu n’aura pas donné de sécurité matérielle n’aura plus à voir son angoisse augmenter avec les ans. »
La maison s’agrandit, se modernise grâce aux revenus de la fondation Smith-Champion et à des dons ; une construction va relier les deux hôtels particuliers permettant la création d’un grand atelier. L’important legs d’Andrée Joubert (peintre) et de son mari le professeur Robert Deschiens (pharmacien renommé) permet la création d’une aile neuve comportant outre des chambres, une grande salle d’exposition.

Photo novembre 2025 L. Gaillard
Les résidents disposent de chambres ou même d’appartements avec un atelier leur permettant de continuer l’exercice de leur art ; nombre d’entre eux continuent de travailler et exposent. Outre des peintres et des sculpteurs, la maison accueille des musiciens, photographes, affichistes, écrivains, acteurs …

ca 47-54
(c)Droits réservés Fondation des artistes
Entre 1965 et 1972, dans le bas du parc, à la place de l’ancien potager, toujours grâce au legs Joubert évoqué, la fondation Smith-Champion fait construire en deux tranches un hameau de 36 ateliers pour peintres, sculpteurs. « aider des artistes plus jeunes à travailler, tout en les rapprochant de leurs anciens » (M. Guy-Löe)

article de la revue L’amateur d’art – n°382 – 10 janvier 1967

Maison des artistes de Nogent-sur-Marne
Novembre 2025
Photo L. Gaillard
Un second ensemble de 35 ateliers-logements, la cité Guy-Löe est aménagée (1984 à 1985) sur un terrain mitoyen également donné par les Smith. Jack Lang, Ministre de la Culture inaugure le lieu le 25 juin 1985.
Maurice Guy-Löe dirige et surtout anime la vie sociale et artistique de la maison jusqu’à sa retraite en 1978. Aux expositions des pensionnaires succèdent celles d’artistes du « hameau » ou d’artistes « invités ». La proximité de Paris, les liens de Guy-Löe avec les Salons et les associations d’artistes, ainsi que le fait que certains résidents continuent à travailler et exposer amène de nombreux visiteurs.
Chaque mercredi, après le déjeuner, Maurice Guy-Löe invite les pensionnaires à une réunion amicale. On y parlait vie artistique, expositions des uns et des autres, problèmes d’intendance et « on cassait bien un peu de sucre sur le dos des confrères médiatisés » (Françoise Py – le Fil d’Argent n° 4).

Photo Raymond Laboute
Une fois retraité, il continue à s’y rendre le mercredi accompagné parfois de son épouse Henriette.
Il s’engage également dans le travail de mémoire d’Henriette et Geneviève Noufflard et participe à la création de l’association Berthe et André Noufflard (1982) dont le but est de faire connaître et valoriser l’œuvre de Berthe et d’André. Il est à l’origine avec les sœurs Noufflard de la création en 1985 d’un prix biennal de peinture décerné à un artiste figuratif de moins de 45 ans s’exprimant par la peinture à l’huile. Il préside l’association jusqu’à son décès.
Maurice Guy-Löe a œuvré à la création de la Sécurité Sociale et de la retraite pour les artistes.
Il était Officier de la Légion d’Honneur et Commandeur de l’Ordre des Arts et des Lettres.

Photo Raymond Laboute
1985
En décembre 1991, une exposition de ses œuvres a lieu à la Maison Nationale des Artistes sous le patronage de la Fondation Nationale des Arts Graphiques et Plastiques.
La Fondation Nationale des Arts Graphiques et Plastiques expose ses aquarelles à l’hôtel Salomon de Rothschild en novembre/décembre 1998.
La ville de Sucy-en-Brie consacre une exposition rétrospective de ses œuvres en octobre 1999 à l’orangerie du château. En septembre 2025, la ville de Sucy-en-Brie et la Société Historique et Archéologique de Sucy (SHAS) l’associent à la double exposition consacrée à Berthe et André Noufflard, une histoire de peinture.

Bronze de Maurice Guy-Löe
H. 43 x L. 24 x P. 26 cm
Fondation des artistes – Inv 1356
(c) Droits réservés

Médaille : Paul Belmondo – 1974
Musée Paul Belmondo – Boulogne-Billancourt

Portrait de Maurice Guy-Loë
huile sur toile, H. 61 x L. 46 cm
Fondation des Artistes, inv. 1171
(c) Droits réservés
Annexes

Exposition SHAS – Septembre 2025
Photo L Gaillard

Maurice Guy-Loë
aquarelle, 31 x 48 cm
Coll. Jean Guyot-Noufflard

Maurice Guy-Loë
aquarelle, 54 x 67 cm
Coll. Jean Guyot-Noufflard
Sources
Guy-Löe, recueil imprimé en 1998 présentant une partie de ses œuvres « Rétrospective »,
La naissance de la maison des artistes de Nogent-sur-Marne par Guy-Löe,
André et Berthe Noufflard, leur vie, leur peinture – Une évocation par leurs filles et amis.
Manufactures de Sèvres,
Fondation Deutsch de la Meurthe,
Musée Paul Belmondo,
Petit Palais,https://www.petitpalais.paris.fr/expositions/l-ecole-en-images
Lycée Janson-de Sailly – https://www.janson-de-sailly.fr/wp-content/uploads/2018/05/Histoire-d%E2%80%99une-renaisance2.pdf
Maison Nationale des Artistes et la Fondation des Artistes,
Fresques dans les écoles https://journals.openedition.org/insitu/10732
Église Saint-Ferdinand des Ternes https://www.patrimoine-histoire.fr/Patrimoine/Paris/Paris-Saint-Ferdinand-des-Ternes.htm
Guide du pavillon pontifical à l’exposition internationale de 1937,
L’Art Vivant – 1925,
Ville de Fontenay-aux-Roses, archives,
Le Fil d’Argent, revue de la Maison des Artistes de Nogent-sur-Marne, collection Raymond Laboute (Régisseur et responsable technique de la Maison des Artistes de 1983 à 2005),
L’Amateur d’Art n°382, 10 janvier 1967 – collection Raymond Laboute,
Sucy-Info n°184 de février 2000,
SHAS lettres des mois de juin 2024, décembre 2024, septembre 2025 et octobre 2025.
Lettre réalisée par Laurence Gaillard
