
Sucy, points d’histoire
Lettre mensuelle de la Société Historique et Archéologique de Sucy-en-Brie (shas.fr)

Louis Boon
(3 décembre 1902 – 26 août 1944)
Louis Boon naît le 3 décembre 1902 à Paris (XIVᵉ arrondissement), à la maternité de Port-Royal, située 123 boulevard de Port-Royal. Il est le fils de Jeanne Boon, journalière, domiciliée 67 rue Pascal à Paris (Vᵉ arrondissement). Les documents d’état civil et les dossiers d’archives ne mentionnent pas la profession du père, ce qui correspond à une filiation maternelle seule déclarée. Il épouse le 3 janvier 1925 à Créteil Marthe Gonod. Le couple s’installe par la suite à Sucy-en-Brie, au 9 rue Gambetta, dans le quartier du Grand-Val. Ils ont une fille unique, âgée de dix-huit ans en 1944. Ami de Gaston Vibert, alors conseiller municipal à Sucy-en-Brie pendant la guerre, habitant le 24, rue Gambetta.


Diplômé de l’école Estienne, il sera imprimeur lithographe.

Pendant la « Drôle de Guerre » (septembre 1939 – mai 1940), il est mobilisé dès le mois de Septembre 1939, et sera affecté dans l’armée de terre au 5ème régiment du Génie dont les compétences portent sur les aménagements ferroviaires et les ponts.

Avant son engagement dans la Résistance intérieure, Louis Boon est issu des services secrets militaires. Cette mention, relevée dans les dossiers de reconnaissance conservés aux archives, renvoie à une activité relevant du renseignement ou de services spécialisés de l’armée française antérieurement à la Libération. Ce parcours implique une formation aux méthodes de discrétion, de transmission d’informations et d’organisation clandestine, et explique son intégration dans des structures hiérarchisées de la Résistance plutôt que dans des groupes spontanés.
Louis Boon est officier de l’Organisation civile et militaire (OCM) et de l’Organisation de résistance de l’Armée (ORA). L’OCM constitue l’un des principaux mouvements de Résistance de la zone Nord, actif notamment dans le renseignement et la préparation des cadres civils et militaires de la Libération. L’ORA, issue de l’armée d’armistice, regroupe principalement des officiers et sous-officiers décidés à reprendre le combat dans un cadre strictement militaire. La double appartenance à ces deux organisations, attestée par les dossiers conservés à l’AVCC et au SHD, demeure relativement peu fréquente et correspond à des profils de cadres jugés fiables par plusieurs chaînes hiérarchiques.
À la suite de l’unification progressive des forces résistantes, Louis Boon est intégré aux Forces françaises de l’intérieur (FFI) avec le grade de lieutenant FFI. À l’été 1944, il exerce les fonctions de commandant de la 3ᵉ compagnie FFI locale de Sucy-en-Brie, unité rattachée au secteur FFI Banlieue Sud-Est. Une compagnie FFI locale regroupe généralement plusieurs dizaines d’hommes, répartis en groupes de combat, chargés d’actions de harcèlement, de contrôle des voies de communication et de sécurisation du territoire communal. Le commandant de compagnie assure la direction tactique, la liaison avec le commandement de secteur et la coordination avec les unités voisines.
Dans ce contexte, Sucy-en-Brie occupe en août 1944 une position stratégique au sein de la banlieue sud-est parisienne. La commune est située à proximité immédiate de plusieurs axes ferroviaires et routiers majeurs reliant Paris à l’est de la région parisienne, utilisés par les forces allemandes pour leurs mouvements de repli après la chute de la capitale. Depuis 1943, des éléments structurés de la Résistance intérieure y sont implantés, principalement issus des réseaux OCM et ORA, intégrés progressivement aux FFI. À la veille de la Libération, les missions des groupes locaux consistent à surveiller le territoire, préparer la prise de contrôle administrative, sécuriser les voies de communication et anticiper les déplacements de l’ennemi.
La reddition de la garnison allemande de Paris, intervenue le 25 août 1944, ne met pas immédiatement fin aux combats dans la banlieue. Des unités allemandes isolées ou en repli organisé demeurent actives et continuent d’occuper temporairement des points stratégiques, notamment les installations ferroviaires, qui constituent des objectifs militaires de première importance. Les compagnies FFI communales sont alors engagées dans des actions armées destinées à entraver ces replis et à sécuriser durablement le territoire.
C’est dans ce cadre que se déroule le combat du 26 août 1944 à la gare de Boissy-Saint-Léger. Ce site, situé sur la ligne ferroviaire reliant Paris à l’est de la région parisienne, est occupé par des soldats et des cheminots allemands en cours de repli. Un groupe d’environ trente résistants FFI, provenant principalement des unités locales du secteur Banlieue Sud-Est, dont celle de Sucy-en-Brie commandée par Louis Boon, participe à l’attaque du site.
Les forces allemandes se sont retranchées sur la voie ferrée, en position dominante, ce qui leur confère un avantage tactique certain. Lors de l’engagement, elles ouvrent le feu à l’arme automatique sur les résistants engagés à découvert. L’affrontement est particulièrement violent en raison de l’absence de protection lourde du côté des FFI et de la configuration du terrain.
Au cours de cette action, Louis Boon est mortellement atteint par une balle explosive à l’abdomen, alors qu’il tente, avec son capitaine — également tué —, de chasser un détachement allemand occupant la ligne ferroviaire Boissy–Paris. Quatre résistants trouvent la mort lors de ce combat : Louis Boon, Georges Fournier, Jean Frugier et Roland Lambert, originaire d’Athis-Mons. Deux autres Sucyciens, Henri Clauteaux et Fernande Doudot, sont mortellement blessés. Louis Boon décède le même jour à Boissy-Saint-Léger.
Les circonstances précises de son décès sont consignées dans son dossier d’homologation, qui mentionne une blessure par munition explosive reçue lors d’un combat contre un détachement allemand occupant une infrastructure ferroviaire stratégique. Sur cette base, il est officiellement reconnu « Mort pour la France ». Il est homologué sous-lieutenant FFI en janvier 1945, reconnaissance posthume correspondant à ses responsabilités effectives au moment des combats et à son niveau de commandement réel.



Il laisse une veuve et sa fille qui le jour de la libération de Sucy-en-Brie ne fut pas une joie profonde, mais une immense tristesse.


Par délibération du 15 mars 1945, le conseil municipal de Sucy-en-Brie décide de donner le nom de Louis Boon au boulevard Charles Ginoux, mesure de toponymie commémorative prise dans l’immédiat après-guerre et réservée aux figures locales représentatives de l’engagement résistant. Son nom figure également sur le monument commémoratif des six résistants tués le 26 août 1944 à Boissy-Saint-Léger, monument rappelant un épisode précis des combats de la Libération dans le sud-est de la région parisienne et inscrivant ces décès dans une mémoire collective intercommunale.

Avec son unique petite-fille, Madame Patricia Martinez, monument du souvenir, lieu du décès des résistants dont Louis Boon, à Boissy-Saint-Léger, près de la gare.
Sources
Archives familiales,
AVCC Caen, dossier 21 P 27043 ;
SHD Vincennes, dossier GR 16 P 73187 ;
Georges Carrot (dir.), Nouvelle histoire de Sucy-en-Brie. Le XXᵉ siècle (1914-2000), t. IV, Société historique et archéologique de Sucy-en-Brie, 2001 ;
Résistants sucyciens morts lors des combats de la Libération
(26 août 1944 – Boissy-Saint-Léger)
1. Tableau comparatif des notices
| Nom | Commune de rattachement | Réseaux / appartenance | Fonction / grade | Date et lieu du décès | Reconnaissance |
| Louis Boon | Sucy-en-Brie | OCM – ORA – FFI | Commandant de la 3ᵉ compagnie FFI locale ; lieutenant FFI | 26 août 1944, Boissy-Saint-Léger | Mort pour la France ; homologué sous-lieutenant FFI (janv. 1945) |
| Henri Clauteaux | Sucy-en-Brie | FFI | Résistant FFI | Blessé le 26 août 1944, décédé des suites | Mort pour la France |
| Georges Fournier | Boissy-Saint-Léger | FFI | Résistant FFI | Tué le 26 août 1944, Boissy-Saint-Léger | Mort pour la France |
| Jean Frugier | Boissy-Saint-Léger | FFI | Résistant FFI | Tué le 26 août 1944, Boissy-Saint-Léger | Mort pour la France |
| Roland Lambert | Athis-Mons | FFI | Résistant FFI | Tué le 26 août 1944, Boissy-Saint-Léger | Mort pour la France |
2. Analyse prosopographique (lecture collective)
L’ensemble des résistants sucyciens morts lors des combats du 26 août 1944 présente des caractéristiques communes révélatrices de la sociologie de la Résistance locale à la fin de l’Occupation.
Tous appartiennent aux Forces françaises de l’intérieur, structure unifiée à partir de 1944, regroupant des résistants issus de réseaux antérieurs ou de formations locales. Leur engagement se situe dans une phase tardive de la Libération, marquée par la poursuite de combats violents malgré la chute de Paris la veille.
Les décès interviennent dans un contexte d’affrontement frontal, à découvert, contre des forces allemandes retranchées sur une infrastructure ferroviaire stratégique. Cette situation illustre le passage brutal, pour de nombreux résistants, de la clandestinité à un combat quasi militaire, sans disposer de l’équipement ni de la protection des unités régulières.
3. Positionnement spécifique de Louis Boon parmi les résistants sucyciens
Au sein de ce groupe, Louis Boon occupe une position singulière, clairement identifiable à travers les sources archivistiques.
Contrairement aux autres résistants sucyciens morts le 26 août 1944, Louis Boon exerce une fonction de commandement clairement établie. Issu des services secrets militaires, officier de l’Organisation civile et militaire (OCM) et de l’Organisation de résistance de l’Armée (ORA), il appartient à la catégorie des cadres structurants de la Résistance locale.
En tant que commandant de la 3ᵉ compagnie FFI de Sucy-en-Brie, il assume des responsabilités opérationnelles étendues : organisation des groupes, définition des objectifs, coordination avec le secteur Banlieue Sud-Est et participation directe aux actions armées majeures. Sa présence en première ligne lors de l’attaque de la gare de Boissy-Saint-Léger correspond aux pratiques des cadres issus de l’ORA, pour lesquels le commandement implique l’engagement personnel.
Son homologation posthume au grade de sous-lieutenant FFI, intervenue en janvier 1945, formalise la reconnaissance officielle de ce rôle de commandement, alors que les autres résistants sucyciens morts lors du même combat sont reconnus comme combattants FFI sans mention de grade supérieur. La décision municipale du 15 mars 1945 de donner son nom à une voie publique s’inscrit dans cette reconnaissance spécifique, tout en l’intégrant à une mémoire collective partagée avec les autres victimes du combat du 26 août 1944.
4. Lecture d’ensemble
La comparaison des notices montre que Louis Boon incarne, au sein de la Résistance sucycienne , la figure du chef militaire local, tandis que Henri Clauteaux représente l’engagement des combattants FFI issus du tissu communal. L’ensemble forme un groupe cohérent, uni par une même action et un même sacrifice, inscrit durablement dans la mémoire communale et intercommunale de la Libération.
Sources
AVCC Caen, dossiers individuels ;
SHD Vincennes, dossiers FFI ;
Georges Carrot (dir.), Nouvelle histoire de Sucy-en-Brie. Le XXᵉ siècle (1914-2000), t. IV, Société historique et archéologique de Sucy-en-Brie, 2001 ;
Mémorial GenWeb.
Lettre préparée par Sébastien Durand-Chabrol
