Lettre n°39 – Décembre 2022

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Sucy, points d’histoire

Lettre mensuelle de la Société Historique et Archéologique de Sucy-en-Brie (shas.fr)

Marché de Noël

Le marché se tiendra les 9/10/11 et les 16/17/18 décembre

La SHAS sera présente comme chaque année avec un stand dans le Château de Sucy. Vous pourrez nous y rencontrer et acheter nos publications pour vos cadeaux.

A noter que la brochure reprenant tous les panneaux de notre exposition de septembre Artisanat et Industrie à Sucy qui était épuisée a fait l’objet d’une réimpression et sera donc à votre disposition.

Le presbytère d’un théologien en paroisse au XVIIIe siècle :
la cure de Louis Postel à Sucy-en-Brie

Article rédigé par Françoise Balard et paru en 1993 dans la revue de la Fédération des sociétés historique et archéologiques d’Ile de France, sur la base l’analyse de l’inventaire après décès de ce curé de Sucy, daté du 1er septembre 1739.

Le presbytère aujourd’hui

Il est des lieux où souffle l’Esprit, il en est d’autres qui ont une âme. C’est le cas du presbytère de Sucy-en-Brie lorsqu’en 1739 il est habité par le curé Postel.

Messire Louis Postel, docteur en Sorbonne, était un théologien dis­tingué. Il s’installa à Sucy en 1709 et eut la charge de la paroisse pendant trente ans. Peut-être pourrions-nous risquer un coup d’œil ?

Au début du XVIIIe siècle, le presbytère est déjà celui que nous connaissons : une grande maison comportant au rez-de-chaussée, une cuisine, un couloir que l’on appelait « un passage » et la salle ; au pre­mier étage, deux chambres et deux cabinets ; au deuxième, deux cham­bres utilisées pour des rangements et un atelier de menuiserie ; enfin un petit grenier. La maison comportait également une cave, une cour, et un jardin dans lequel s’élevaient deux hangars et un fournil.

Une demeure aisée

La demeure du curé Postel est intéressante parce qu’elle illustre très bien la recherche du confort et la pratique d’une vie sociale chez un curé disposant d’une fortune personnelle importante. A sa mort, ses biens ont été estimés à 8.400 livres.

La vie privée, dans ce presbytère qui est une demeure aisée, ne se développe plus dans le cadre de la pièce unique où l’on dort et où l’on mange, vit et reçoit, comme c’est encore le cas dans beaucoup de mai­sons du village. Les pièces se « spécialisent ». Le curé dispose d’une salle dans laquelle il reçoit, ce qui explique les 9 nappes, 115 serviettes, 20 torchons et 9 tabliers de cuisine inscrits à l’inventaire après décès. Si le mobilier classique (tables, bancs, armoires) se retrouve là comme ail­leurs, on remarque une table à jouer, 18 sièges recouverts pour certains de moquette verte à ramages ou de tapisserie au point de Hongrie. La pièce est réchauffée par une « verdure » longue de 6 aunes (7,20 m). Les fenêtres sont garnies de rideaux de toile blanche : un luxe pratique­ment inconnu au village et qui devait faire ouvrir de grands yeux aux paroissiens en visite.

Le mobilier est surtout en noyer, à l’exception des trois tables en chêne et du banc en sapin. Mais ces meubles en bois moins nobles sont recouverts par des tapis de serge verte et bleue. La pièce est aménagée en fonction de la vie sociale qui s’y déroule : le curé Postel recevait indu­bitablement.

Une ambiance chaleureuse

La décoration n’a pas un caractère particulièrement religieux, à part deux reliquaires. On y trouve 2 chevaux en plâtre et 7 vases en terre des Flandres en garniture de cheminée, ainsi qu’un miroir et 2 tableaux représentant des paysages dans des cadres en bois doré, héritage d’un prédécesseur. Une pendule à eau, garnie de sa boule, complète l’ameu­blement de cette salle rendue chaleureuse et douillette par les tentures, les rideaux et l’abondance du mobilier dans une pièce relativement petite.

Reliée à la salle par un « passage » dans lequel on range la vaisselle de table, la cuisine offre l’ameublement traditionnel de l’époque. On note, là encore, le nombre important des meubles: trois tables dont la fameuse « table ployante », si répandue à Sucy qu’on la trouve dans presque toutes les maisons, deux armoires, deux bas d’armoires, un buf­fet, des étagères, six chaises et des ustensiles ou des objets qui signalent des activités plus précises et diversifiées: une grande fontaine à eau en cuivre rouge (comme celle des cuisines de Vaux-le-Vicomte qui vient peut-être du château du Petit-Val de Sucy), un saloir en bois de douvage, un dévidoir et une souricière! Le curé ne s’accommode pas de la compagnie des petits hôtes de nos maisons.

Pour ce qui est des préparations culinaires, l’équipement est parfait et comporte toute une batterie de marmites, chaudrons, poêlons, etc. permettant divers modes de cuissons. Pour les viandes rôties, les appa­reils, très perfectionnés, sont dignes d’une cuisine d’auberge. Aux grils, broches et lèchefrites s’ajoutent, devant la cheminée, un tournebroche avec ses cordages et poids en pierre et un petit tournebroche « voleur » avec ses chaînes en fer. On sent d’ici les parfums subtils et l’on pense à Dom Balaguère : « Deux dindes truffées, Garigou ? … » « Oui mon Révérend ! deux dindes magnifiques ! »

La vaisselle courante, en étain commun, pèse 33 kg et celle d’étain fin, 20 kg. Elle se trouve rangée dans la cuisine, constituée sans doute par des plats de service ou des pièces que l’on utilise dans des circons­tances banales, car la vaisselle au goût du jour, destinée à la salle à manger et rangée dans le « passage » se compose de 25 plats, 2 saladiers et 3 compotiers, 83 assiettes de faïence fine, 2 aiguières, 1 cafetière, 2 seaux à glace, 2 pots à eau, 23 pots à confiture et une écuelle munie de son couvercle.

Un atelier de menuisier

Le presbytère est long à visiter. Même si cette visite est attachante et l’accueil prometteur, passons sans y entrer devant les deux chambres du second étage. Elles servent de débarras ; on y range les balais et frot­toirs pour briquer les parquets : le curé Postel s’y est installé un atelier de menuisier assez complet ; en plus d’un établi en chêne, on y trouve un tour à tourner le bois, un étau de fer et différents outils. C’est là qu’il remise aussi, à côté de son parapluie en toile cirée, le réchaud destiné à réchauffer ses chemises, réchaud accompagné de son panier d’osier inté­rieurement garni de tôle ; on étendait la chemise sur le panier et la cha­leur des braises du réchaud dégourdissait la lingerie.

Au premier étage, un petit cabinet abrite une chaise de commodité sur laquelle un morceau de moquette bleue recouvre un seau de faïence ; un meuble rare, mais pas unique au village à cette époque.

La chambre du curé

Entrons dans la chambre du curé Postel : elle constitue, avec le cabinet attenant, un petit appartement à l’intérieur de la grande maison. Le mobilier en noyer est sobre : un lit à hauts piliers, une commode, deux tablettes servant d’étagères, une petite table de nuit et deux chaises couvertes de damas.

Au contraire la literie est extrêmement confortable : pas de pail­lasse, mais deux matelas de laine plus « un lit », c’est-à-dire à Sucy une sorte de matelas rempli de plume, un traversin et un oreiller de plume, deux couvertures de laine blanche sur ce lit garni d’une housse et de rideaux de serge verte. Le lit fut estimé 40 livres.

Là encore on trouve une petite horloge à eau et sa boule. L’éclai­rage est diffusé par des chandeliers et des bras de lumière en cuivre. Deux Christs en croix et deux tableaux ornent les murs. Le curé Postel possède des armes : deux paires de pistolets d’arçon, deux paires de pis­tolets de poche, quatre fusils et des gibecières : théologien sans doute… mais aussi chasseur !

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