Lettre n°25 – Juin 2021

Logo SHAS

Sucy, points d’histoire

Lettre mensuelle de la Société Historique et Archéologique de Sucy-en-Brie (shas.fr)

Il y a 150 ans Charles Harivel, soldat de la République

La SHAS a longuement évoqué le 150ème anniversaire de la guerre de 1870-1871, à l’occasion de son exposition à l’Orangerie en septembre 2020: bataille de Champigny, transfert à Paris d’une grande partie de la population de Sucy, monuments commémoratifs de la guerre. Aujourd’hui nous vous proposons de nous intéresser au destin d’un de nos concitoyens, Charles Harivel, dont le nom est inscrit sur le monument aux morts de notre ville.

Le monument aux morts de Sucy porte le nom de Charles Harivel au titre des morts de la guerre de 1870 – 1871. De son côté, le registre d’état civil de Sucy pour 1873 mentionne la retranscription de l’acte de décès le 16 février 1871 de Charles Harivel, âgé de 21 ans, « soldat du 44ème Régiment d’Infanterie, décédé à l’ambulance établie à la maison commune d’Esprels » près de Villersexel (Haute-Saône). Charles Harivel était né et domicilié à Sucy, fils de cultivateur.

Quand, le 15 juillet 1870, la France déclare la guerre à la Prusse et à ses alliés, personne n’imagine la rapidité des événements qui vont suivre : les défaites en Alsace et en Lorraine, l’encerclement de l’armée de Bazaine à Metz, la défaite de celle de Mac-Mahon à Sedan et finalement la capitulation de Napoléon III. Le 4 septembre la 3ème République est acclamée, née d’un soulèvement de Parisiens patriotes qui réclament la « guerre à outrance ». La France rurale (75% de la population), plus conservatrice, se rallie dans sa majorité à ce mouvement patriotique.

Mais la situation est tragique : la France n’a plus que 70 000 soldats d’active pour affronter 500 000 Allemands. Une armée de réserve avait été créée en 1868, mais n’avait jamais été rassemblée et sa mobilisation est lente. Le 14 octobre le gouvernement décrète la mobilisation des célibataires et veufs sans enfant de 20 à 40 ans. Avec cette armée improvisée la jeune République va affronter pendant cinq mois une armée allemande aguerrie, disciplinée et bien équipée.

De septembre à décembre 1870 toutes les tentatives de sorties des Parisiens encerclés depuis le 19 septembre échouent. Les armées levées en province mènent des combats dans le nord et sur la Loire, mais ne parviennent pas à briser le siège de Paris. Début décembre, la situation est critique : les Parisiens ont perdu la bataille de Champigny, l’armée de la Loire de Chanzy recule vers l’ouest, et celle de Bourbaki vers Bourges et Nevers.

Gambetta met son ultime espoir dans une nouvelle armée de l’Est pour contourner les forces allemandes, couper leurs communications et débloquer Belfort. Cette armée de plus de 100 000 hommes commandée par Bourbaki prend la direction de Besançon le 20 décembre, mais le transport des soldats est lent. Les Allemands ont tout le temps de se préparer. L’armée allemande de Von Werder se concentre entre Villersexel et Héricourt, en avant de Belfort, et une nouvelle armée allemande de secours est créée, confiée à Von Manteuffel. Une course de vitesse est engagée.

Le premier choc contre l’armée de Von Werder a lieu le 9 janvier à Villersexel. Des combats acharnés et violents durent toute la journée et la nuit suivante. Von Werder doit se replier. Pour les Français, c’est un brillant début de campagne. Mais Bourbaki ne profite pas de son avantage. Von Werder concentre 50 000 soldats sur la rive gauche de la Lizaine sur une ligne de 19 kms. Du 15 au 17 janvier les Français attaquent mais ne parviennent pas à percer.

Le 17 janvier Bourbaki apprend l’approche de l’armée allemande de Von Manteuffel. S’estimant incapable de combattre sur deux fronts il décide la retraite vers Besançon. Il espère une couverture à l’ouest de la part de l’armée de Garibaldi basée dans la région de Dijon. Mais Garibaldi demeure passif jusqu’au 21 janvier. Il est trop tard, Von Manteuffel est passé avec 80 000 hommes. Bloqué au nord et à l’ouest Bourbaki est repoussé vers Pontarlier. Les Français tentent de percer au sud à travers le Jura dans des conditions épouvantables, mais sont obligés de passer en Suisse le 1er février. Seuls 10 000 soldats parviennent à rejoindre Lyon. 90 000 seront internés pendant six semaines en Suisse.

C’est ainsi que s’achèvent la campagne à l’est et la résistance de la France. Un armistice avait été signé le 28 janvier. Mais le chancelier Bismarck avait exclu l’armée de l’Est du cessez-le-feu, pour mettre la pression sur le gouvernement français.

Soldat au 44ème Régiment d’Infanterie, Charles Harivel participe à la bataille de Villersexel du 9 janvier 1871. Blessé, il est soigné à Esprels où il décède le 16 février. Son régiment participe aux combats sur la Lizaine et s’illustre dans la défense des hautes vallées du Jura.